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Laboratoire ArAr

Archéologie et Archéométrie

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[rencontre scientifique] De Lousonna à Vienna

De Lousonna à Vienna

Nouvelles recherches sur les aménagements portuaires antiques du bassin rhodanien

Coordination : Benjamin Clément, Archeodunum, ArAr et Romain Guichon, Archeodunum, ArAr
- vendredi 8 juin 2018 - amphi Benveniste - Université Lumière Lyon 2 - 86 rue Pasteur - Lyon 7e
- affiche (.pdf)
- programme de la journée

Le projet :

Les recherches en archéologie fluviale et portuaire font preuve ces dernières années d’une vitalité inédite. Pour ne citer que deux exemples, en 2016, on peut évoquer la publication des installations fluvio-lagunaires de Narbonne ou encore la tenue à Dijon d’un colloque diachronique sur les ports de navigation intérieure en Europe Centrale. Concernant les rives antiques du Rhône, de nombreuses données issues de l’archéologie préventive et programmée alimentent régulièrement nos connaissances sur le sujet, à l’image des quais ou des entrepôts récemment mis au jour à Lausanne, Lyon et Sainte-Colombe. Cela étant, la dernière approche synthétique sur l’occupation antique de l’axe rhodanien date de 1999, sous la forme d’un dossier intitulé « Le Rhône romain. Dynamiques fluviales, dynamiques territoriales ». ( LEVEAU Ph., « Le Rhône romain. Dynamiques fluviales, dynamiques territoriales », Gallia, t. 56, 1999, 430 p.)



Partant de ce constat, il nous a paru nécessaire d’organiser une journée d’étude qui vise à réactualiser ce sujet. Afin de limiter une problématique vaste et diversement traitée, nous proposons de privilégier un axe de réflexion sur les sites urbains (colonies, chefs-lieux et agglomérations secondaires), en accord avec deux des axes de recherche portés par l’équipe 1 du laboratoire  ArAr. Le cadre géographique défini – de Vienne au lac Léman – conserve une cohérence régionale et présente l’intérêt de relier plusieurs points de rupture de charge vers les bassins de la Loire et du Rhin.

Une approche synthétique est attendue pour chaque site ou secteur géographique traité. Les données archéologiques concernant les aménagements de berge, les installations portuaires ou les dispositifs de franchissement en milieu urbain formeront le cœur du sujet. Elles seront éventuellement mises en relation avec des facteurs socio-historiques et paléo-environnementaux connexes aux problématiques portuaires. Des thèmes transversaux comme le commerce et le transport fluvial pourront aussi faire l’objet de présentations spécifiques. La publication de cette journée d’étude, potentiellement enrichie par d’autres contributions sur le même thème, est envisagée à l’horizon 2019.

Résumé des communications

Des navires maritimes sur le Rhône ?
Yves Rolland (ArAr)

Aucune épave maritime n’a été retrouvée en amont d’Arles. Aussi il est communément admis que la ville était une tête de navigation séparant les espaces fluviomaritimes et fluviaux. Cependant, nombre de chercheurs, interprétant des données épigraphiques, littéraires ou iconographiques, continuent régulièrement d’affirmer que des navires maritimes remontaient le Rhône afin d’économiser des frais de transbordement. Quelle crédibilité accorder à cette hypothèse ? Pour répondre à cette question il s’agit non seulement de voir si cette pratique est réellement attestée grâce un réexamen des sources, mais aussi de voir si elle était juridiquement et techniquement possible. Les critères de tirant d’eau, tirant d’air et méthodes de propulsion/traction seront notamment étudiés.

Le port de Lousonna : une rupture de charge au nord du bassin rhodanien
Romain Guichon (Archeodunum –  ArAr), Sandrine Oesterlé (Archeodunum), Aurélie Crausaz (Archeodunum – Univ. Lausanne)

Au sommet de l’arc lémanique, le vicus de Lausanne-Lousonna constituait une rupture de charge vers le réseau fluvial rhénan et le nord de l’Empire romain. Les recherches menées sur le site depuis près d’un siècle ont révélé de nombreux aménagements de rive, répartis sur plus d’un kilomètre depuis la zone du forum jusqu’aux marges occidentales de l’espace urbain. La présente communication propose une synthèse de ces données archéologiques, incluant notamment les premiers résultats des fouilles réalisées en 2016-2017 à la station d’épuration (STEP) et au siège du Comité International Olympique (CIO), ainsi qu’une réflexion sur le petit mobilier potentiellement lié aux activités portuaires. Diverses données épigraphiques et géomorphologiques complètent ce bilan des recherches sur le port de Lousonna.

Aménagements de berges, installations portuaires et ponts de la Genève gallo-romaine
Denis Genequand (Service cantonal d'archéologie de Genève & Université de Genève)

Genève, l'antique Genua et le vicus le plus septentrional de la Gaule Narbonnaise, est située à l'emplacement de l'exutoire du Lac Léman dans le Rhône et à proximité immédiate de la jonction entre le Rhône et l'Arve. Depuis le début du 20e siècle, toute une série d'installations diversement interprétées comme des ponts, des ports, voire comme des fortifications, ont été fouillées et datées entre le 1er siècle avant J.-C. et le 4e siècle après J.-C. Cette communication se propose de rassembler une documentation très disparate et de valeur très inégale concernant ces installations, pour en tirer une petite synthèse et un bilan renouvelé de nos connaissances sur les infrastructures lacustres et fluviales de la ville à l'époque gallo-romaine.

Les gisements lacustres des grands lacs allobroges
Sébastien Nieloud-Muller (Sorbonne Université - Orient & Méditerranée) et André Marguet (Conservateur honoraire du DRASSM)

Entre 1995 et 2001, sous la direction de l’un d’entre nous (AM), sept campagnes de prospections subaquatiques ont été menées dans les grands lacs savoyards (rive française du Léman, lac d’Aiguebelette, lac du Bourget et lac d’Annecy). Cet inventaire systématique a renouvelé la connaissance des stations sous-lacustres pré- et proto- historiques pour l’essentiel connues antérieurement, mais a également permis l’identification de nombreux gisements des périodes historiques. Dans le cadre de cette contribution, nous avons choisi de présenter l’ensemble des sites de la période romaine. Ces derniers peuvent être de nature très différente : atelier de potier, structures portuaires, aménagements de berges, site cultuel, etc. Pour chacun d’eux, nous aborderons différents éléments relatifs à leur environnement, leur morphologie, leur chronologie et leur fonction. Puis nous terminerons par quelques réflexions plus globales, notamment sur leur durée d’utilisation dans le contexte des variations des niveaux lacustres dans l’Antiquité.

Vicus Augustus, histoires d'eau. Exemple du site du contournement routier d'Aoste (Isère)
Tony Silvino (EVEHA
 – ArAr), Hatem Djerbi (EVEHA - Archéorient), Fabrice Laurent (EVEHA)

Aoste, de son nom antique Vicus Augustus, était durant l'Antiquité l'un des six vici reconnus dans la cité de Vienne.  Située aux portes des Alpes, l'agglomération s'est développée autour de l'axe fluvial important qu'est le Rhône, qui lui offrait des débouchés commerciaux directs vers les grands centres urbains situés non seulement en aval (Lyon, Vienne) mais aussi en amont, dans les zones alpines. Si les modalités de l'organisation topographique et architecturale de la ville antique étaient jusqu'à une date récente relativement limitées, on sait qu'elle débordait du cadre du village actuel dans un contexte hydrologique qui a considérablement évolué depuis l'Antiquité. Le site est ainsi implanté au confluent de trois cours d'eau, le Rhône au nord-est, le Guiers à l'est et la Bièvre à l'ouest, dont la mobilité depuis l'Antiquité a pu être établie et cartographiée par les analyses régressives du paysage associées à une série d'investigations géoarchéologiques, réalisées dans la cadre d'un PCR dirigé par J.-F. Berger.
La fouille récente réalisée dans le cadre du contournement d'Aoste a permis de dévoiler un pan de l'histoire antique des marges occidentales et méridionales du vicus en bordure de la Bièvre, qui tiendra un rôle important tout au long de l'occupation du site. Il se traduit en premier lieu par des travaux d’assainissement destinés à limiter les débordements du cours d'eau. Mais le cours d'eau a surtout servi à alimenter en eau différentes activités artisanales, notamment au moyen d'un imposant aqueduc en bois. Le ruisseau a également été utilisé pour l'aménagement d'un plan d'eau exploité tout au long de l’Antiquité et retenu par un barrage en bois puis par une digue. Par ailleurs, cette opération a permis de dévoiler un ensemble de type urbain composé d'îlots d'habitations délimités par des ruelles et ouverts sur une grande place. Le plan et les équipements mis en évidence plaident ainsi en faveur d'un quartier à vocation économique confirmant le rôle commercial du vicus. Plus au sud, un second quartier est formé par un ensemble d'espaces de stockage localisés probablement en bordure d'un canal navigable.

Morphogénèse et dynamique hydraulique de la Presqu’Île lyonnaise de l’âge du Fer à l’Antiquité
Hervé Tronchère (SAVL - EVS), Odile Franc (INRAP - EVS), Stéphane Gaillot (SAVL - EVS), Ruben Vera (Univ. Lyon 1), Agnès Vérot (INRAP - EVS)

Situé à la confluence de deux cours d’eau majeurs, le site de Lyon, et notamment le secteur de la Presqu’île, est intrinsèquement lié aux dynamiques alluviales qui l’ont façonné. Vecteurs d’opportunités commerciales ou stratégiques, le Rhône et la Saône ont construit un paysage complexe et instable avec lequel les sociétés ont dû composer. Entre l’âge du Fer et l’Antiquité romaine, la Presqu’île a connu des transformations géomorphologiques majeures liées à la diminution progressive de l’hydraulicité des rivières. Une topographie de bancs de galets parcourue de chenaux mobiles au milieu du premier millénaire BC a graduellement cédé la place, permettant ainsi son anthropisation, à une plaine alluviale limoneuse traversée par quelques bras résiduel fortement influencés par le Rhône et voués à disparaître à la fin du premier siècle AD. Parallèlement, dans l’actuel quartier du Vieux-Lyon, la Saône abandonnait entre la Tène et le troisième siècle AD son tracé initial longeant la colline de Fourvière pour prendre une configuration proche de son état actuel. Nous proposons de dresser un nouvel état des lieux des connaissances géo-archéologiques sur ce territoire, récemment enrichies par des données issues de la chronologie OSL, de la minéralogie et de la géomatique.

Les aménagements portuaires de la colonia Lugdunum. Essai de synthèse à partir des fouilles de la ZAC Industrie Nord, Lyon (9e)
Benjamin Clément (Archeodunum – ArAr), Amaury Collet (Archeodunum – ArAr), Hervé Tronchère (SAVL)

Les fouilles menées à l’occasion de la réhabilitation de la ZAC Industrie Nord ont permis d’explorer plusieurs entrepôts construits entre le Ier et le IVe siècle et installés le long des berges de la Saône. Cette installation portuaire, sans doute en lien avec une villa, est matérialisée dans son premier état par une berge constituée d’une puissante armature en bois contenant une levée de terre et de pierre. Une voie et un possible passage à gué viennent compléter les aménagements. Au cours du IIe siècle, cet ensemble est démonté et un mur de berge en maçonnerie est dressé en façade des entrepôts et associé à un chemin (halage ?).
Cette communication est l’occasion de rouvrir le dossier du port antique de la colonie de Lyon et de présenter des aménagements divers et inédits offrant l’image d’une série de débarcadères et d’entrepôts installés le long du Rhône et de la Saône.

Le franchissement du Rhône à Vienna
Laurence Brissaud (AoRoC - Attachée de conservation du patrimoine au musée et sites antiques de Saint-Romain-en-Gal – Vienne)

En accord avec l’axe de réflexion sur les sites urbains privilégié dans le cadre de cette journée d’étude, nous avons choisi de présenter une synthèse sur les dispositifs de franchissement antiques de Vienna, duplex Urbs, capitale des Allobroges. Les données évoquées sont tirées de notre thèse de doctorat d’archéologie, Le franchissement du fleuve à Vienne, soutenue en 2014 à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Art et Archéologie). À partir de l'examen de l’ensemble des données antérieures, deux ponts ont pu être identifiés. Leurs emplacements ont ensuite été déterminés grâce aux levés bathymétriques de la Compagnie Nationale du Rhône. Les mutations des réseaux viaires et hydrauliques de la rive droite ont par ailleurs précisé les phases du développement urbain de Vienna, autorisant ainsi une chronologie d'apparition des points de franchissement. L’ouvrage d’art le plus ancien, édifié au début du Ier siècle ap. J.-C., était ancré au nord de la ville. Son fonctionnement est attesté jusqu'au Ve siècle au moins. Dans la seconde moitié du Ier siècle, le deuxième pont a accompagné l'extension de Vienna vers le sud, hors de son enceinte. Sa durée d'utilisation demeure inconnue à ce jour. Cette présentation mettra en lumière les rôles majeurs que la topographie, l'évolution urbaine de Vienna et de ses réseaux publics ont joués dans le choix de l’implantation de ces ouvrages d’art.

Les sièges des corporations de nautes et des uinarii lyonnais. L’apport de la documentation épigraphique à la connaissance des organisations commerciales
François Bérard (ENS Paris - AoRoC)

L’étude des inscriptions honorifiques élevées dans les sièges des corporations ou à proximité permettent de réfléchir à l’implantation des installations commerciales ou portuaires. On s'intéressera en particulier aux nautes (dans les quartiers de Saint-Georges ou de Saint Paul) et aux marchands de vin (Saint Michel d’Ainay). C’est aussi l’occasion de s’interroger sur le sens du mot kanabae, qui apparaît comme une spécificité lyonnaise.


Crédits photos : 1ère photo © Remy Gindroz, deux photos suivantes : Fouilles du CIO à Lausanne (CH) © Archeodunum
Mots-clés : Quai ; Digue ; Pieu ; Vide sanitaire ; Drainage ; Pont ; Bac ; Gué ; Entrepôt ; Transport fluvial ; Commerce ; Activités artisanales ; Aménagements publics ; Siège de corporation ; Approche géomorphologique ; Dynamique fluviale.

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